De l’utilité du costume dans les visites théâtralisées

Chez Cybèle, nous faisons des visites théâtralisées. Nous incarnons un personnage fictif du passé (un aubergiste de la renaissance, un comédien du 17e siècle ayant connu Molière, etc) et nous faisons visiter la ville à travers les yeux de notre personnage.
Lorsque l’on présente nos visites “théâtralisées”, la première question que l’on nous pose est : “vous êtes en costume ?” Et malheureusement, nous décevons certains de nos interlocuteurs car non, nous ne sommes jamais costumés. Il y a plusieurs raisons à cela.

Le costume : c’est vraiment pas pratique.

D’abord, des raisons très pragmatiques. Si je devais porter une robe de la renaissance pour mes visites, je serais obligée de revenir chez moi (puisque nous n’avons pas de locaux, nous travaillons depuis les espaces de co-working de la La Cordée) avant chaque visite afin de me changer. On imagine aussi les complications lorsqu’il fait 38° en été, -5° en hiver, lorsqu’il pleut…

Cela signifie aussi, qu’une visite de 1h n’occupe pas 1h30 ou 2h de notre temps (se rendre au point de rendez-vous, attendre le groupe, mener la visite, rentrer) mais 2h30 ou 3h. Il y aurait aussi les frais d’achat et de nettoyage des costumes, ce qui n’est pas négligeable.

Autre problème : certains jours durant lesquels nous accueillons de nombreux groupes, nous enchainons plusieurs visites différentes avec 15 ou 30 minutes entre chaque visite. Impossible de rentrer se changer. Il faudrait donc embaucher plus de monde, ou accueillir moins de groupe.

Des répercussion sur le prix de nos visites

Tous ces problèmes auraient une conséquence principale : l’augmentation du tarif de nos visites. Aujourd’hui, une visite théâtralisée coûte 15€ par personne pour 1h ou 1h30 de visite avec des groupes de 25 personnes maximum et nos visites sont parmi les plus chères du marché à Lyon.
Pour donner une comparaison : à Paris, l’entreprise qui organise les “visite-spectacles” propose des visites à 20€ par personne pour des groupes 50 personnes.

L’incarnation de multiples personnages

Il y a une autre raison nous pousse à résister contre le costume. Nous écrivons de plus en plus de visites dans lesquelles nous incarnons plusieurs personnages au cours de la balade. Aux Gratte-Ciel de Villeurbanne par exemple, nous sommes successivement le maire Lazare Goujon, l’architecte Môrice Leroux, un agent fictif de la SVU (Société Villeurbannaise d’Urbanisme) et nous avons même écrit une scène de dialogue dans laquelle nous incarnons dans la même scène le maire Lazare Goujon et son opposant politique Camille Joly. Étant seuls à mener une visite, nous ne pouvons nous permettre de changer de costume 3 ou 4 fois au cours d’une même visite.

Le costume n’est-il pas seulement un frein ?

Cependant, au delà de ces simples raisons pragmatiques très compréhensibles, nous avons une autre raison plus profonde.

Nous croyons que le costume rend le guide et le spectateur paresseux. Nous aimons créer un paysage historique dans l’imaginaire de nos visiteurs, pour cela, nous passons par des descriptions, des musiques d’ambiance, historiques ou non, et nous cherchons autant que possible à incarner les discours que nous transmettons.

Il nous a toujours paru assez évident qu’un costume nous rendrait plus paresseux : nous n’aurions plus besoin de ruser et de trouver mille petits subterfuges pour toujours rappeler au spectateur que nous sommes en 1548, nous aurions moins besoin de décrire ce que pouvaient être les choses autrefois, nous pourrions nous reposer sur le costume et se satisfaire de cette seule chose. La conséquence serait certainement un appauvrissement de notre discours.

Un exemple de costume inutile et décevant

J’étais pour ma part assez convaincue de cette théorie depuis le début, mais ce n’était pour moi qu’une théorie abstraite. Récemment en visite à Paris, j’ai fait l’expérience concrète de ce qui n’était jusque là que théorique.

Nous avons décidé de suivre une visite menée par un guide en costume d’époque. Bien sûr, j’attendais un guide jouant véritablement le rôle d’un personnage historique, ou au moins ayant une façon plus ou moins théâtralisée de raconter l’histoire de Paris. Malheureusement, ce guide n’avait de théâtral que son costume. Pas une seule fois au cours de la visite (qui a duré environ 2h) il n’en a fait l’usage. Son costume n’avait aucune utilité pour soutenir son discours. Il ne jouait pas avec, ne s’en servait pas. Il parlait comme n’importe quel autre guide, sur un ton tout à fait normal, explicatif et contemporain.

J’ai été très déçue car j’avais beaucoup d’attentes. Mais la leçon que je tire surtout de cette expérience, c’est que le costume rend paresseux. Ce guide est connu pour ce costume, on m’en avait parlé plusieurs fois à Lyon (personne ne m’a jamais parlé d’un autre guide parisien en particulier). C’est ce qui constitue sa marque de fabrique. Cependant, alors qu’il pourrait aller bien plus loin dans le jeu pour personnaliser sa visite, il n’en fait rien. On parle de lui parce qu’il n’est pas habillé de façon classique et cela lui suffit visiblement.

Nous en sommes désormais plus que convaincus : le costume peut ne rien apporter du tout à une visite, et rendre paresseux. Et nous en sommes désormais de plus en plus certains, ce n’est pas demain la veille qu’il y aura des costumes chez Cybèle…