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J’adore faire pleurer mes visiteurs !

Parfois avec les collègues, en sortant de visite, on fait le compte du nombre de personnes qu’on a fait pleurer. Et avec fierté, on raconte qu’à tel moment de la visite une bonne moitié du groupe a enfilé ses lunettes de soleil alors qu’il ne faisait pas beau.

Et c’est avec provocation (petit plaisir non dissimulé) que je raconte ça à mes ami·e·s le soir autour d’un verre, trinquant au plaisir du travail bien fait. Ils me rétorquent souvent “oh mais t’abuses ! On dirait que ça te fait plaisir de faire chialer les gens !”. Bah oui.

Les émotions ça nous rappelle qu’on est vivant·e·s !

Dans le domaine de la visite guidée, il y a les visites dites “classiques” où les guides (généralement) ne cherchent pas à procurer des émotions mais à informer en donnant des faits, et il y a les visites insolites qui la plupart du temps sont sur une base humoristique. Le but est de procurer des émotions légères et de faire rire le public “pour qu’il passe un bon moment”. Mais un bon moment peut aussi être accompagné de larmes.

Quand on regarde des films ou qu’on lit des livres, c’est pour le plaisir et on vient chercher des émotions diverses et variées ! Chez Cybèle on aime explorer toute la diversité des émotions, même la tristesse, le désespoir ou la gêne… Ce sont des émotions que nous traversons tous∙tes et qui méritent pleinement d’apparaître dans nos récits. Tout comme la joie ou l’allégresse qui n’en sont que plus fortes quand elles suivent un moment plus sombre, par effet de contraste ! 

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Allez, vous pouvez avouer qu’un jour vous avez regardé une série bidon et que vous avez pleuré devant.

Et en quoi c’est cool de faire pleurer les visiteur·euse·s ?

Dans ce plaisir, il y a plusieurs choses :

  • La joie d’avoir réussi à embarquer mon public dans mon histoire à tel point qu’il ne fait pas que l’écouter, mais qu’il la vit, il la traverse. 
  • L’impression d’être utile parce que je suis intimement convaincue que la puissance des récits c’est qu’ils nous aident chacun·e à avancer. Une histoire bien menée permet à celui ou celle qui la reçoit de se comprendre grâce à l’implication émotionnelle et à l’identification à un personnage. Enfin, moi, personnellement, à certains moments de ma vie, j’ai eu (et j’ai encore) besoin de récits pour m’aider à appréhender certaines difficultés… paraîtrait même que c’est le propre de l’être humain ! 
  • Il y a aussi, je l’avoue, la fierté d’avoir réussi à provoquer, seule, au milieu de la rue souvent agitée, des émotions si puissantes qu’elles ont un impact physique sur les visiteurs en leur tirant les larmes. C’est vrai pour toute manifestation physique d’une émotion : rire, exclamation en tout genre, tension sur le visage, déglutition, mais les pleurs sont souvent cachés, tabous. Alors c’est d’autant plus plaisant de voir les larmes couler sur les visages des visiteurs qui perdent leur retenue sur la place publique. 

Un jour dans une formation que nous donnions, une stagiaire nous a dit “Mais on ne peut pas jouer avec les émotions des gens ! Et si un visiteur avait vécu récemment quelque chose de difficile et qu’il se mettait à pleurer ?”. Eh bien nous on assume et on fait pleurer.

Souvent les visiteurs qui ont pleuré viennent nous remercier en fin de visite de leur avoir procuré ces émotions. En fait, on peut être content de pleurer. Ça peut même être signe qu’ils ont passé un excellent moment !

visite apprise par cœur
C’est dans cette visite que nos visiteurs pleurent le plus : « L’attente : la vie à Lyon sous l’occupation »

C’est valable aussi pour toutes les émotions négatives !

Pleurer parce qu’on vient de perdre un être cher ou que l’on est au bout du rouleau, ce n’est pas agréable. Il en est de même pour toutes les émotions négatives : la honte, la gêne, le désarroi, l’écœurement.. et quand on vit cela dans notre quotidien, c’est douloureux. Mais c’est là que le conte entre en scène ! Il magnifie ces émotions négatives en nous rappelant que TOUS LES HUMAINS vivent cela. Les histoires nous permettent de vivre ces émotions difficiles par procuration et donc de nous décentrer et de reporter nos difficultés sur un sujet extérieur. Ainsi on traverse des émotions sans être soit même abattu et au bout du bout, on passe un chouette moment ! 

Alors acceptons de procurer tout type d’émotions dans nos visites et d’être traversé·e·s par des émotions !

Lucille

Musicienne, comédienne et guide-conférencière, Lucille est une lyonnaise d’adoption : née en Normandie, elle voue encore un culte au beurre demi-sel. Aimant le théâtre et la musique, elle fut tour à tour spectatrice, régisseuse et prof.

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