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L’authenticité des expériences touristiques

Le marketing touristique de ces dernières années vous promet toujours plus d’authenticité, en particulier en ce qui concerne les activités. Les agences communiquent de plus en plus sur la rencontre avec de « vrais » habitants amoureux de leur lieu de ville, des moment uniques et privilégiés, loin des « sentiers battus » et des circuits touristiques classique et éprouvés.

C’est vrai que ça fait rêver, mais en tant que professionnel.les de l’expérience touristique, nous devons nous rendre à l’évidence, rien de tout cela n’est vraiment possible, et c’est sans doute beaucoup de publicité mensongère. 

Réservez une « expérience »…

Prenons le cas de AirBnB qui est vraiment un cas d’école dans ce domaine. 

Déjà, le produit qui est vendu n’est pas une visite, un atelier ou une dégustation, c’est une « expérience ». Un joli mot fourre-tout qui veut absolument tout dire, qui n’engage à rien mais qui brille et qui fait rêver.

Ensuite, quand on veut vendre des visites sur AirBnB, on nous demande de faire « comme si on était avec des amis ». Donc avoir un ton très « amical » pas un ton de « conférencière » qui fait sa visite (parce que c’est bien connu, une « conférencière » n’est jamais amicale ! 😂😭). On nous demande aussi de prévoir un moment convivial dans la visite, par exemple un café ou un verre à boire, et de ne surtout pas mélanger les clients avec d’autres en provenance d’un autre site. 

On propose aux clients un produit conçu de toutes pièces pour être vendu et on leur fait croire que c’est un authentique moment de partage avec des habitants. On ne parle pas d’argent, on oublie que pour nous, c’est un métier, qu’on en vit et qu’on ne fait pas ça juste pour passer du bon temps avec des inconnus.

C’est à la fois très gênant pour nous, pour la reconnaissance de notre métier, mais c’est surtout une façon de nier complètement la réalité et de créer des attentes impossibles à satisfaire.

Métier ou passion ?

Il y a quelques années, lorsque je faisais des visites privées pour des clients américains, j’ai eu un échange très révélateur avec un couple qui venait de réserver mes services. Ils avaient réservé une visite de 3h dans l’après-midi, et me demandent ensuite de bien vouloir rester avec eux toute la soirée pour leur tenir compagnie au restaurant et pour échanger avec eux sur la France, sur ma vie, etc.

Je leur ai expliqué que même si ce moment allait sans aucun doute être très agréable, cela restait mon métier, qu’à côté de ça j’ai une vie, une famille, et que s’ils voulaient que je reste toute la soirée, il fallait payer pour ma présence.

Ils m’ont répondu, offusqués, qu’ils pensaient que je faisais ce métier par passion et qu’ils ne comprenaient pas mon refus, en précisant qu’ils m’inviteraient au restaurant, évidemment.

J’ai donc été obligée de me justifier pour qu’ils comprennent que non, je ne souhaite pas passer une soirée entière bénévolement avec mes clients, même si j’aime mon métier et que je fais cela par passion.

Voilà ce que crée ce marketing dangereux.

Des visites « à la rencontre des habitants »

Notre route a souvent croisé celle de porteurs et porteuses de projet qui souhaitent un tourisme « authentique » et essayent de proposer des parcours alternatifs en dehors des quartiers touristiques à la rencontre des commerçants, artisans, habitants.

Le projet est effectivement très séduisant sur le papier, mais comment demander à des gens de donner de leur temps bénévolement toutes les semaines pour échanger toujours les mêmes banalités avec des touristes venus faire un safari en quartier « insolite » ?

Une artisane avec qui j’en parlais récemment me disait qu’elle était régulièrement démarchée pour être une étape dans un parcours de visite « à la rencontre de… ». On lui demande donc de prendre de son temps pour parler de son travail, sans aucune contrepartie financière. On lui promet des ventes mais ce n’est presque jamais le cas. 

Le tourisme authentique et plein de sens est-il mort ?

Cessons donc de faire croire qu’il est possible de garder le même modèle de tourisme ultra commercial tout en favorisant l’authenticité ! Soit nous souhaitons garder un modèle très commercial, et nous devons accepter le fait que les prestataires ne sont pas des bénévoles, soit nous devons repenser le tourisme autrement. Ce modèle n’a rien de mal en soi, il faut juste considérer les prestations pour ce qu’elles sont : commerciales. Et cela n’enlève rien à leur qualité. Chez Cybèle, nous avons la prétention de croire que nos visites sont de qualités, et ce sont des prestations commerciales. Nous sommes passionné.e.s, oui, mais pas bénévoles. 

Pour retrouver la véritable authenticité de la rencontre, ne nous logeons plus sur AirBnB, mais en couch-surfing, ou faisons de l’échange de maisons.

N’achetons plus de visites guidées qui proposent une fausse authenticité, passons 3h avec un.e greeter qui accepte une fois de temps en temps de prendre du temps bénévolement pour nous raconter sa vie. Et si on souhaite faire une vraie visite guidée, payons une visite sans faire semblant que le.la guide est là pour qu’on devienne copains.

Si on arrêtait de miser tout le marketing sur cette « expérience de rencontre authentique » pour vendre des prestations commerciales, peut-être que les guides seraient moins en colère contre les greeters. Qui sont les responsables de cette concurrence entre guides et greeters ? Celles et ceux qui essayent de faire vivre cette rencontre entre habitants et touristes en étant greeters, ou celles et ceux qui essayent de faire croire qu’une visite guidée commerciale est un moment d’échange gratuit et authentique ?

Choisissons bien nos combats et ne nous trompons pas d’ennemis.

Ne nous faites pas dire ce que nous ne disons pas

En conclusion, nous souhaitons re-préciser certaines choses.

Ce n’est pas parce qu’une prestation est commerciale (hôtel, visite guidée) que le service n’est pas chaleureux et accueillant. Nous souhaitons seulement rappeler que c’est notre métier. 

Ce n’est pas parce que nous croyons que les greeters et le couch-surfing doivent exister et se développer, que nous voulons la mort des services commerciaux, logements, visites guidées, activités. Nous croyons fermement que les 2 peuvent, et doivent co-exister. 

Lorsque AirBnB nous a démarché il y a quelques années, nous avons expliqué que nous commençons nos visites par une histoire inventée, nous sommes les agents de Gérard Fluchte, en contact avec la déesse Cybèle. Et nous ne changerons pas ce discours pour un discours soi-disant « authentique » pour raconter que « Bonjour je suis Clémence et je suis passionnée par la ville de Lyon alors je vais vous faire une visite guidée ». Nous ne vendons donc pas nos visites sur AirBnB.

Clémence

Guide, musicienne et conteuse, Clémence est un peu lyonnaise et 100% Rhônalpine : elle fut nourrie à la crème de Bresse et à la châtaigne d’Ardèche. Passionnée par le monde médiéval et l’architecture, elle adore raconter des histoires.

Cet article comporte 2 commentaires

  1. Ce n’est pas parce qu’un métier passionné qu’il ne doit pas être rémunéré. Médecins, ingénieurs sont passionnés par leur métier. Il ne viendrait à l’idée de personne de leur proposer de l’exercer gratuitement. Curieusement, dès qu’on touche à la culture, demander une rémunération décente devient une obscénité. Je me demande bien pourquoi.

    1. Cela vient sans doute du fait que la culture est une passion pour beaucoup de gens, et que beaucoup y passent du temps libre, en font un hobby. On se voit mal être médecin ou résoudre de grosses études d’ingénieur comme un hobby, même si les médecins et les ingénieurs sont passionnés !

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