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[Les effets waouh] Le rythme : astuces pour tenir son public en haleine ! đŸ„

Il y a quelques temps, on vous parlait de notre utilisation de la musique en visite guidĂ©e. Une bonne partie de l’équipe CybĂšle a un lien Ă©troit avec la musique, et ça influence plus qu’on ne le croit l’écriture de nos visites. Pas uniquement parce qu’on en diffuse pendant nos visites (cf. notre article Ă  ce sujet), ni parce qu’on chante, mais aussi parce que notre pratique musicale nous a rendues particuliĂšrement sensibles et attentives Ă  la notion de rythme.

Le rythme, c’est central. C’est ce qui va vous permettre de garder l’attention du public pendant 1h30 de visite, c’est ce qui va vous permettre de rĂ©cupĂ©rer les deux du fond qui ont du mal Ă  se concentrer et qui n’arrĂȘtent pas de parler ou de regarder les pigeons passer, c’est ce qui va faire qu’à la fin de la visite on vous dira : “j’ai pas vu le temps passer !”.

Sur quoi peut-on jouer pour garder un rythme varié et dynamique tout au long de nos visites ? Voici quelques pistes que nous explorons au quotidien !

La durée des prises de parole et des déplacements

Nous avons toutes et tous dĂ©jĂ  assistĂ© Ă  des visites oĂč la guide nous laisse 45 minutes autour d’une maquette avant d’avancer sur le site. Ou bien une visite avec une longue marche pour atteindre un endroit oĂč on nous dit un tout petit mot, puis on repart. Il faut toujours faire attention Ă  cela quand on construit nos visites. 

Dans ma formation on me disait qu’un arrĂȘt ne doit pas durer plus de 7mn. Aujourd’hui, avec de la pratique, je me dis que c’est une bonne base Ă  avoir en tĂȘte, mĂȘme si parfois j’y dĂ©roge. Mais quand je me permet de faire un long arrĂȘt ou un long dĂ©placement, je me pose toujours la question de savoir si c’est vraiment nĂ©cessaire ou si ça pourrait ĂȘtre autrement. Par exemple, dans notre visite “Chronique des Lyonnaises inconnues” nous voulions raconter l’histoire d’une grĂšve fĂ©minine du XIXe siĂšcle et la scĂšne Ă©tait particuliĂšrement longue, tendue et exigeante en termes d’attention du public. C’est pourquoi, on l’a coupĂ© en deux et entre les deux on fait une pause poĂ©tique. Cette aĂ©ration permet de varier le rythme.

Lutter contre la ritournelle

Quand j’ai passĂ© l’entretien Ă  la formation de guide, le jury m’a demandĂ© de raconter ma pire expĂ©rience de visite guidĂ©e en tant que public. J’ai racontĂ© ce jour oĂč j’ai suivi la visite d’un guide dans un chĂąteau (dont je tairai le nom), qui racontait tout sur le mĂȘme rythme et avec la mĂȘme mĂ©lodie. Le texte n’était pas mauvais, les Ă©lĂ©ments racontĂ©s auraient pu ĂȘtre intĂ©ressants, mais au bout d’un moment c’est devenu parfaitement impossible Ă  suivre. 

Nous avons toutes des ritournelles (= sorte de mĂ©lodie dans la maniĂšre de parler qui vient en boucle) qui nous sont naturelles. C’est notre mĂ©lodie Ă  nous, notre rythme Ă  nous. Et pour peu qu’on soit un peu fatiguĂ©es, elles reviennent au galop. Alors soyons attentives Ă  ne pas entrer dans la boucle infernale de notre ritournelle et sortons-en vite lorsqu’elle est lĂ  !

La façon de parler (diction, rapidité, ruptures, silence)

Mais il y a mieux que simplement â€œĂ©viter les ritournelles” : on peut travailler notre façon de parler. Quand on mĂšne une visite, on parle. Pour parler, on fait vibrer nos cordes vocales et on fait des gestes bizarres avec la bouche ce qui permet d’articulation des mots et le construction de phrases. Bien sĂ»r que ce que l’on raconte est important dans une visite, mais souvent on se concentre lĂ -dessus et pas assez sur la maniĂšre dont on le raconte.

Avec notre organe phonatoire, on peut faire plein de trucs et ça, c’est gĂ©nial ! On peut parler plus ou moins rapidement, plus ou moins fort, plus ou moins aigu
 On peut aussi choisir de parler avec une diction rude, sĂšche, saccadĂ©e ou, au contraire, avec douceur, rondeur, en liant les mots. Pour les musicien·ne·s qui nous lisent on peut raconter de maniĂšre piquĂ©e, legato, sforzando, dans un rythme largo ou presto, inspirĂ© du rĂ©citatif ou de l’aria. Pour les amateur·ice d’art, vous pouvez parler avec un sfumato vaporeux, par touche distincte comme dans une Ɠuvre impressionniste ou avec le foisonnement et la nettetĂ© d’un Brueghel. 

Jouer avec tout ça est un vrai plaisir en visite et passer de l’un Ă  l’autre permet vraiment de varier son rĂ©cit et de garder l’attention du public. Essayez en visite ! Choisissez un passage de votre visite et donnez vous une contrainte dans votre maniĂšre de parler (par exemple : tel passage plus lent et avec douceur et lĂ©gĂšretĂ©, et le passage suivant avec rapiditĂ© et duretĂ©) vous verrez l’effet que ça a sur votre auditoire. Et avec le temps ça vous permettra d’élargir votre palette expressive et de diversifier votre adresse au public.

L’intensitĂ© Ă©motionnelle et l’amplitude

On pense toujours que tout ce qu’on dit est important et que TOUT doit ĂȘtre entendu, compris et retenu par nos visiteur·euse·s. Mais c’est une sollicitation trop lourde du public. Si on investit notre public de la mission d’intĂ©grer tout ce qu’on lui dit, sans exception, c’est trop ! Il va se sentir oppressĂ©. Si on choisit des passages trĂšs intenses, oĂč l’on raconte avec ferveur et force un Ă©vĂšnement, et qu’ensuite on lĂąche du lest en racontant de maniĂšre moins intense et plus dĂ©tachĂ©e un autre Ă©pisode, ça donnera du relief et donc du rythme Ă  la visite.

Nos visites sont des symphonies !

Pensons le rythme comme un compositeur rĂ©flĂ©chit Ă  la composition de sa symphonie, comme un DJ prĂ©voit sa playlist, ou comme un peintre compose sa peinture : avec du rythme ! Ça permet non seulement de garder l’attention du public et d’avoir la main sur ce qu’on veut mettre en exergue ou non. 

Casser le rythme, c’est aussi le moyen de rĂ©cupĂ©rer une personne qui commence Ă  se dĂ©concentrer. Je peux vous assurer que si vous ĂȘtes en train de raconter quelque chose et que tout d’un coup vous changez radicalement votre maniĂšre de parler, vos gestes, votre intensitĂ©, tout en regardant droit dans les yeux la personne qui papillonne, vous la rĂ©cupĂ©rerez immĂ©diatement !

Musicienne, comĂ©dienne et guide-confĂ©renciĂšre, Lucille est une lyonnaise d’adoption : nĂ©e en Normandie, elle voue encore un culte au beurre demi-sel. Aimant le thĂ©Ăątre et la musique, elle fut tour Ă  tour spectatrice, rĂ©gisseuse et prof.

Cet article comporte 3 commentaires

  1. Tout Ă  fait d’accord Lucille. Par votre expĂ©rience, vous pouvez le vĂ©rifier sur le terrain. Une apprĂ©hension qui bloque parfois mes Ă©lĂšves en prise de parole en public sur ces changements de rythme, de tonalitĂ© ou de puissance vocale, c’est la crainte de paraĂźtre artificiel. Car en effet ces changements soudains sont de purs effets, ils ne procĂšdent pas toujours de la sincĂ©ritĂ©… et alors ? Le public ne s’en rend de toute façon pas compte, captivĂ© qu’il sera par ces modulations sonores. Tout ce que vous dĂ©crivez, pourrait-on l’appeler la prosodie ? Un mĂ©lange de musique et de paroles…

    1. Merci Emmanuel pour ton commentaire ! Oui tu as raison sur la peur de l’artificiel. Dans les formations qu’on fait auprĂšs de guides, on entend souvent « mais je ne suis pas comĂ©dienne moi ! » et c’est probablement ça qu’il faut entendre derriĂšre cette phrase : « je ne suis pas comĂ©dienne = je ne joue pas un rĂŽle, je suis moi = je suis sincĂšre » et si on dĂ©roule : « Si je joue davantage avec mon corps et ma voix et que je fais des effets, ce ne sera pas moi, ce sera artificiel ».
      Mais mon avis c’est que les effets ne provoquent pas du tout un manquent pas de sincĂ©ritĂ©s, au contraire. En se les appropriant, ça nous permet d’ĂȘtre au plus prĂšs de ce qu’on veut raconter et de mieux transmettre son propos.
      AprĂšs il y a un sujet dĂ©licat, que tu dois aussi connaĂźtre dans tes ateliers de prise de parole en public : Comment rassurer quelqu’un qui teste pour la premiĂšre fois des effets et qui se sent ridicule. Comment lui faire comprendre que ça ne l’est pas (comme tu l’Ă©cris, le public ne s’en rend pas du tout compte) et comment faire en sorte qu’il fasse confiance Ă  la technique malgrĂ© ce frein de « la sensation de ridicule » qui semble quasi insurmontable pour beaucoup ?
      Une fois qu’on a dĂ©passĂ© ça, c’est tellement un plaisir de manier ces outils avec sincĂ©ritĂ© !

      1. Merci pour ta rĂ©ponse Lucille. Comment ne pas se sentir ridicule et « oser » ces effets est une question sensible en effet. Savoir tout d’abord qu’ĂȘtre actif, occupĂ© par l’action de parler ne nous laisse plus le loisir de se sentir observĂ©.e, regardĂ©.e, jugĂ©.e, donc de se sentir ridicule. La condition est d’engager dynamiquement, avec intensitĂ©, en faisant des efforts continus, le corps : respirer amplement, surarticuler, engager les mains, s’ancrer dans le sol, regarder avec intensitĂ©, etc.). Pour pratiquer ces « effets » de prosodie au quotidien, je proposerais aux « dĂ©butant.e.s »de commencer par petites touches : au cours d’un dialogue quotidien avec la chauffeure de bus par exemple, tenter un « bonjour madame » en plaçant un aigu appuyĂ© Ă  la fin (sur « dame »). S’asseoir dans le bus et observer si la chauffeure me regarde Ă©trangement dans son rĂ©troviseur… Non ? Je passe inaperçu ? Alors je rĂ©essaie avec le vendeur de la boulangerie. Si je dĂ©croche un sourire de sa part c’est encore plus encourageant. La fois suivante, je teste un autre mot (sur plusieurs phrases) avec une note grave. Le jour d’aprĂšs plusieurs mots; le jour suivant je tente un ralenti puis la semaine suivante des accĂ©lĂ©rĂ©s, puis des chuchotĂ©s… Bref, une progression homĂ©opathique pour se rassurer et prendre de l’assurance : non, le ciel ne m’est pas tombĂ© sur la tĂȘte ! En effet, mes interlocuteurs ne remarquent pas ces effets car ils font naturellement partie de la parole. C’est Ă  dire, si JE ne me sens pas naturel, la prise de parole ELLE, est naturellement constituĂ©e de cette prosodie et parait normale (adaptĂ©e) aux oreilles de l’auditoire. DeuxiĂšme technique : Ă©couter les autres (Ă  la TV ou Ă  la radio par exemple) et leurs modulations de voix. Les trouve-je-t-elles ridicules ? TroisiĂšme technique : s’entrainer chez soi Ă  lire plusieurs fois un texte et tester des variations. Si l’artificiel est prĂ©sent au dĂ©part, la rĂ©pĂ©tition va l’effacer progressivement car le corps va organiquement intĂ©grer ces effets et rendre la parole naturelle. L’Ă©lĂšve se sentira trĂšs vite plus Ă  l’aise.

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